
Promouvoir la terminologie à l’ère des réseaux sociaux

Par Philippe Caignon, terminologue agréé et traducteur agréé
Longtemps perçue comme une activité discrète, voire invisible, la terminologie se trouve aujourd’hui à la croisée de transformations profondes. Dans un contexte marqué par la mondialisation des échanges, la numérisation des contenus et l’essor de l’intelligence artificielle, les terminologues sont appelés non seulement à produire des ressources de qualité, mais aussi à faire connaître la valeur de leur expertise. La promotion des services terminologiques devient ainsi une compétence stratégique à part entière.
Sortir de l’ombre
La première difficulté en matière de promotion tient à la nature même de la terminologie. Le travail terminologique est souvent intégré en amont ou en arrière-plan de la traduction ou de la rédaction technique. En conséquence, il importe de rendre visible l’opaque.
Pour ce faire, on se doit d’adopter une stratégie efficace qui consiste à expliciter les retombées concrètes de la terminologie : cohérence des communications, réduction des ambiguïtés, amélioration de la qualité des traductions, gain de temps dans les processus rédactionnels, etc. Les terminologues gagnent à illustrer leur contribution à l’aide d’exemples concrets, voire d’études de cas, montrant comment une intervention terminologique a permis de résoudre un problème réel dans un contexte donné (juridique, technique, médical, institutionnel).
L’expérience que les terminologues acquièrent dans le cadre de leur fonction leur donne l’occasion de piger dans leurs travaux afin de trouver les cas les plus probants pour démontrer la pertinence de leur profession.
Expliquer la terminologie
Il est donc évident que la promotion des services passe par une démarche de vulgarisation. La clientèle potentielle, formée d’entreprises, d’organisations et d’institutions publiques ou privées, ne savent pas exactement ce qu’est la terminologie ni en quoi elle peut leur être bénéfique.
Ainsi, les terminologues peuvent tirer parti des réseaux sociaux et des plateformes numériques pour expliquer leur démarche (recherche, validation, normalisation), présenter des notions clés (terme, concept, définition, équivalence) ou encore démystifier certaines idées reçues (par exemple, la confusion entre traduction et terminologie… qui sont deux professions distinctes, même si elles sont souvent intégrées l’une à l’autre).
Des formats courts, comme des billets, des fils explicatifs et des capsules vidéo, permettent de diffuser ce type de contenu de manière accessible, tout en positionnant le terminologue comme expert et pédagogue.
Développer une présence numérique stratégique
Aujourd’hui, une présence en ligne cohérente est essentielle. Bien entendu, cela ne signifie pas nécessairement être actif sur toutes les plateformes, mais plutôt choisir les bons canaux en fonction de sa clientèle cible.
– LinkedIn : la plateforme demeure un outil privilégié pour joindre des clients institutionnels et professionnels. On peut y partager des réflexions, des projets et des ressources.
– Sites web professionnels : un site bien structuré permet de présenter ses services, ses domaines de spécialisation ainsi qu’un portfolio ou des exemples de réalisations.
– Blogues ou infolettres : ils offrent un espace pour approfondir certaines questions terminologiques et démontrer une expertise soutenue.
La clé réside dans la régularité et la cohérence du discours : il s’agit de construire progressivement une identité professionnelle claire pour se différencier des autres et assoir sa crédibilité.
Valoriser la spécialisation
Dans un marché de plus en plus concurrentiel, la spécialisation constitue un levier important de promotion. Un terminologue qui se positionne dans un domaine précis, comme les énergies renouvelables, la santé publique, les technologies numériques, sera plus facilement identifiable par des clients ayant des besoins spécifiques.
Cette spécialisation peut être mise en valeur par la publication de contenus ciblés, la participation à des événements ou à des communautés sectorielles ou la constitution de ressources terminologiques dans un domaine donné.
Au Québec et au Canada, où le bilinguisme et le multilinguisme occupent une place centrale, la capacité à travailler dans plusieurs langues ou à naviguer entre différents systèmes terminologiques constitue également un atout distinctif.
S’appuyer sur les réseaux professionnels
La promotion ne repose pas uniquement sur des démarches individuelles. Les terminologues peuvent bénéficier de leur intégration dans des réseaux professionnels (OTTIAQ et autres ordres, associations, groupes de recherche, communautés de pratique). De tels réseaux permettent d’accroître la visibilité collective de la profession, de partager des occasions de collaboration, de renforcer la crédibilité des membres.
Qui plus est, la participation à des conférences, à des webinaires ou à des publications collectives contribue également à asseoir une présence dans le milieu et à développer un capital de confiance en soi et envers soi.
Penser à l’international
De nos jours, les technologies numériques offrent une option qui n’existait pas il y a quelques décennies : joindre une clientèle bien au-delà des frontières québécoises ou canadiennes. Les terminologues qui choisissent une telle option doivent alors adapter leur stratégie de promotion au contexte international.
Par conséquent, ils peuvent passer par la langue internationale qui leur convient le mieux pour créer leurs contenus : le français, l’anglais, l’espagnol, l’arabe ou le mandarin, par exemple. Ils peuvent aussi mettre en évidence leurs compétences interculturelles et intraculturelles et montrer leur connaissance des normes ou des pratiques terminologiques propres aux différents marchés qu’ils visent.
Cependant, l’ouverture internationale ne doit pas faire oublier la spécificité du contexte québécois, notamment en matière de politique linguistique et de valorisation du français, qui peut constituer un argument distinctif dans le marché local, marché toujours essentiel à l’heure actuelle.
Trouver un équilibre entre promotion et éthique
La promotion des services terminologiques doit s’inscrire dans une réflexion éthique. Il s’agit de trouver un équilibre entre la mise en valeur de son expertise et le respect des principes de la profession que sont la rigueur, la fiabilité et la confidentialité.
Une communication transparente, qui met l’accent sur la qualité du travail et sur la valeur ajoutée pour le client, demeure la meilleure stratégie à long terme.
En somme, promouvoir la terminologie aujourd’hui, c’est à la fois expliquer, démontrer et incarner son expertise personnelle ou entrepreneuriale. Pour les terminologues du Québec et du Canada, les réseaux numériques offrent des possibilités inédites de visibilité à condition d’adopter une approche stratégique, cohérente et ancrée dans la réalité de leur exercice.
Philippe Caignon est professeur de terminologie et de traduction au Département d’études française de l’Université Concordia.



