
Erreurs de transfert
L’anglais s’invite parfois dans nos phrases sans même que l’on s’en rende compte. Dans cette chronique, Carlos del Burgo, trad. a., term. a., s’amuse à décortiquer trois cas d’interférence qui illustrent comment le mimétisme de l’anglais peut nous éloigner du français idiomatique.

Interférence, quand tu nous tiens…
Voici quelques erreurs de formulation à caractère syntaxique ou typographique. Il serait utile de leur affecter des appellations précises.
CAS DE FIGURE 1
Those interested in this program, raise your hands.
Traduction mimétique : *Ceux intéressés par ce programme, levez la main.
Il s’agit d’un calque morphosyntaxique.
On pourrait parler ici de doublon elliptique.
Cela ne signifie pas que l’ellipse soit fautive en soi, mais que deux procédés elliptiques, acceptables séparément, se trouvent combinés abusivement dans le but de reproduire la structure anglaise.
En français idiomatique, on dira :
Ceux qui sont intéressés par ce programme, levez la main.
Ou, plus naturellement :
Si ce programme vous intéresse, levez la main.
CAS DE FIGURE 2
Dans cette autre situation, l’anglais dit :
They washed their hands.
Traduction mimétique : *Elles ont lavé leurs mains.
De façon plus naturelle : Elles se sont lavé les mains.
Il s’agit là aussi d’un calque morphosyntaxique, d’une construction possessive à l’anglaise.
On pourrait parler de dépronominalisation. Un cas de possessivite aiguë, quoi…
Autres exemples du genre :
Il s’est coiffé (les cheveux), et non pas *Il a coiffé ses cheveux.
Il s’est gratté le nez, et non pas *Il a gratté son nez.
CAS DE FIGURE 3
Enfin, qu’advient-il si, à l’instar de l’anglais, on referme puis réouvre les guillemets d’une citation avant et après les incises du genre DIT-IL ?
“I don’t know,” he said, “I’ll see if I can come.”
Traduction mimétique : *« Je ne sais pas », dit-il, « je verrai si je peux venir. »
Ici, on pourrait parler de guillemets clignotants ou de clignotement des guillemets. C’est volumineux, mais lumineux…
En français, on maintient normalement les guillemets autour de l’ensemble :
« Je ne sais pas, dit-il, je verrai si je peux venir. »
Trois cas de figure qui illustrent bien le genre de mimétisme phraséologique qui guette les langagiers trop pressés.
Qu’ils soient traducteurs, rédacteurs, terminologues, interprètes ou réviseurs.



