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De dronistique en dronologie

Quand les technologies évoluent, les mots évoluent avec elles. Dans cette chronique de terminologie Des mots, Carlos del Burgo, traducteur agréé et terminologue agréé, nous entraîne dans la dronosphère, à la découverte d’un univers lexical où se rencontrent innovation, néologismes et passion pour les avancées scientifiques.

De dronistique en dronologie…

On pourrait se demander si ce tandem de termes existe. Après tout, il ne suffit pas qu’un terme soit bien frappé pour mériter les honneurs de l’usage.

Mais il reste que le monde est plongé dans une réalité guerrière nouvelle, réalité dans laquelle les drones jouent un rôle quintessentiel.

Raison pour laquelle une veille terminologique pourrait être, après tout, assortie d’une composante prospective.

Voici donc un petit tour de piste.

La dichotomie drones civils / drones militaires s’impose d’emblée, même si la démarcation s’avère aujourd’hui de plus en plus floue, vu que, sur les champs de bataille, les drones d’observation, drones logistiques, drones de sauvetage, drones leurres, drones cibles et drones de combat dérivent souvent de drones grand-public devenus, par la force des choses – boum ! des drones militarisés.

Dans le secteur de la défense, l’enveloppe de vol est à l’origine du distinguo qui s’opère entre drones HALE (High-Altitude, Long-Endurance) et drones MALE (Medium-Altitude, Long-Endurance).

Cette dronisation ou dronaison produit une floraison de drones guerriers. La transformation du champ de bataille en un théâtre droné. Dans cette déraison où règnent en maîtres l’IA et l’informatique, sévit une dronistique que les scientifiques verront même comme une véritable dronologie.

D’où l’importance d’une défense antidrone.

Un combat de drones, mené entre drones offensifs et drones défensifs (drones antidrone ou drones intercepteurs) prend des airs de dronomachie, vocable construit sur le modèle de « tauromachie », donc une lutte assurément dronicide, qu’il s’agisse ou pas de drones kamikazes ou drones suicide.

Aujourd’hui et plus encore demain, la dronosphère fourmillera de drones furtifs et drones filoguidés (pilotés au moyen de câbles en fibre de verre de plusieurs kilomètres de long, qui rendent virtuellement impossible l’interception ou le détournement électronique).

Se pose donc la question : qu’est-ce qu’un dronisme ?

Ce serait logiquement un terme propre au domaine des drones. Voire, plus précisément, un type de drone.

Exemples : les drones terrestres, drones maritimes, drones sous-marins, drones aéronavals, drones aériens – donc des drones à voilure fixe (semblables à des avions) ou drones à voilure tournante (semblables à des hélicoptères, et dits d’ailleurs drones quadricoptères), ou encore des drones à voilure battante (semblables à des oiseaux).

On peut également parler de trains drones (comme dans le cas de la SNCF, et du REM dans la conurbation de Montréal) … ou de taxi-drones (taxis volants autonomes).

Facile donc d’inférer l’emploi du terme drone pour certains appareils envoyés dans l’espace, les drones spatiaux (type d’engin volant autonome, sans équipage humain, conçu pour explorer l’atmosphère d’autres planètes ou lunes).

C’est le cas de l’hélicoptère Ingenuity de la NASA qui, en 2021, aura survolé le sol martien en faible gravité, sous atmosphère ténue, à une altitude d’à peine 24 m. Pour employer un terme fleuri, c’était un vol au ras des pâquerettes… ou presque.

Attention : ne pas confondre drone avec rover, espèce de jeep spatiale qui s’est contentée d’arpenter le sol de ces deux astres. Même si le rover pourrait ressembler à un drone terrestre, la NASA établit nettement la distinction entre ces termes, voyant drone et rover dans un rapport de complémentarité opérationnelle plutôt que de synonymie en mode Générique/Spécifique.

En matière de gabarit, on connaît déjà les minidrones, les microdrones et les nanodrones que transportent les fantassins d’aujourd’hui pour reconnaître le terrain, notamment dans des combats urbains. Mais on notera qu’il existe aussi de grands drones faisant la taille d’un avion ou d’un hélicoptère, qu’on pourrait qualifier de mégadrones ou de superdrones  –  à moins que ce dernier terme ne se limite aux « drones vedettes » (comme le Shahed iranien et le Bayraktar turc ; ou les engins israéliens Heron et Hermes ; ou encore le Predator américain, indépendamment de leur taille physique).

D.R.O.N.E. devient gentiment acronyme de « dispositif de repérage et d’observation à nuisance élevée » …

Reste à espérer que le sens de drone n’aille pas un jour englober toutes les formes de mécanisation ou de robotisation, même hors des sphères du transport et de la guerre.

On n’aurait plus alors qu’à qualifier la TA et la TAO de « drones de traduction ». Brrr.

Sources
Le Monde
Perplexity
Radio-Canada
Wikipédia

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