Chronique de terminologie : Tous les chemins mènent au rhum
Dans cette chronique terminologique, Carlos Del Burgo nous amène sur les routes du rhum…

Il est bien connu que la typologie du rhum tient aux influences des nations qui le façonnent.
Ainsi, parlera-t-on des rhums de tradition anglaise, des rhums de tradition espagnole, des rhums de tradition française.
Dans la tradition anglaise – Barbade, Belize, Guyana, Jamaïque, Trinidad –, on distille le rhum à partir de la mélasse, sous de longues fermentations, parfois avec des levures sauvages. Les arômes classiques seront l’ananas, la banane, les épices.
Côté espagnol – Cuba, Guatemala, Venezuela, etc. –, on crée des styles de rhums légers, ponctués de notes de miel, de caramel et de fruits doux. Les rhums vieux sont dits anejo en espagnol.
Dans la tradition française – Antilles françaises, Réunion, Île Maurice –, on réalise un élixir dit rhum agricole. Produit à partir de jus de canne frais non fermenté, il est pressé immédiatement après la coupe. Il peut être blanc, ou élevé sous bois (dans un fût), ou encore vieilli. L’unique AOC (Appellation d’origine contrôlée) se trouve en Martinique. Cela dit, la Guadeloupe compte de nombreuses rhumeries, d’où se dégage une nette influence des techniques œnologiques.
Il faut toutefois savoir que le rhum agricole diffère grandement du rhum industriel, issu de la mélasse, largement distillé dans les Antilles françaises comme dans bien d’autres contrées, sur une note plus gourmande (rhum épicé, caramélisé, vanillé…).
Le rhum se présente sous forme de light rum (doux), de darkrum (souvent vieilli) ou d’overproof (titrant de 57 à 75 %).
Il existe aussi bien des distinguos non géographiques. On connaît les rhums épicés, décriés par les puristes, mais prisés du grand public et des amateurs de coquetels) ; les rhums arrangés (dans les Antilles françaises, on y fait macérer des fruits et des épices) ; les rhums blancs (non vieillis) ; les rhums ambrés (vieillis quelques mois seulement) ; les rhums vieux (vieillis quelques années en fût de chêne habituellement : le VSOP (Very Superior Old Pale), vieux de 4 ans ; et le XO (Extra Old),âgé de 6 ans au moins).
À l’évidence, tous les chemins mènent au rhum.
D’autant qu’il existe un certain nombre d’avantages santé, le rhum constituant une arme efficace contre le rhume. Le grog pris en guise de drogue n’a-t-il pas aidé les matelots à retrouver la forme ? Avec une petite pincée de citron, le grog écarte le scorbut induit par une déficience en vitamine C. Ce qui est d’ailleurs à l’origine du charmant sobriquet Limey, autrefois injurieux, désignant les Britanniques, eux dont les matelots faisaient usage de jus de lime, pris franc ou ajouté au grog, pour pallier la carence de vitamine.
L’univers du rhum est riche, quoique sous-représenté sous nos latitudes. En effet, il ne se limite pas aux rhums épicés grand public et aux rhums à coquetel. Sa large palette gagne à être mieux connue.
Partant, ce serait l’occasion de faire un crochet par les gentilles Antilles ? Miamm !
Carlos del Burgo, traducteur agréé et terminologue agréé


